Si je dois m’interroger sur les raisons qui me poussent à tenir mon journal en ligne, je suis obligé de constater que ses motivations sont anciennes puisqu’avant de tenir le bloc-notes du désordre, je tenais à jour mon site (le Désordre - ce qui explique le titre de mon journal en ligne (blog) qui au départ se voulait un aperçu des coulisses de la construction et des mises à jour du site) et qu’avant le site j’avais tenté de nombreuses expériences de pratiques quotidiennes. En 1992, je décidais de faire un autoportrait (type photo-maton) tous les jours, c’est un projet que j’ai fini par abandonner en 1999, un peu à bout de force de cette astreinte (morale et financière) impliquée par devoir se tirer le portrait une fois par jour. En 1994, je faisais une première tentative de chronique au polaroid d’une année, tentative qui échoua pour des raisons de bris de l’appareil et qui ne put être retentée que quatre ans plus tard en 1998 et qui s’intitule Pola Journal ( entièrement consultable en ligne sur Désordre). En 1994 également j’entamais la rédaction d’un roman (intitulé la Cible) et qui fonctionnait sur le principe suivant : le roman était le journal d’un homme qui n’avait plus que cinq mois à vivre et je rédigeais ce roman en suivant le rythme quotidien de cette prise de notes (tenue de journal) supposée à mon personnage. En 1990, je tentais pareillement de dicter tout au long d’une journée les différentes actions qui composaient une journée, mais las, le projet tourna court puisque je tombais dans la chausse-trappe prévisible qui voulut que je commençais en énonçant à mon dictatophone que je venais de l’allumer et de presser sur la touche d’enregistrement et que ce que j’étais en train de faire était d’enregistrer mon action d’enregistrement, laquelle se reprenait en charge, ce qui donnait quelque chose comme ceci : « je suis en train de parler dans mon dictatophone décrivant avec force détails mon action qui consiste à enregistrer le fait que je sois en train de parler dans mon dictatophone décrivant avec force détails le fait que je sois en train de dicter dans mon appareil de prise de notes audiophonique etc… » En septembre 1992, j’ai subi une intervention de réduction de hernie discale. L’hospitalisation qui suivit, a duré deux semaines, pendant lesquelles les infimières m’ont administré de fréquentes doses d’opiacées. Ces drogues furent à la fois très efficaces pour ce qui est de contenir la douleur et aussi pour me faire perdre toute notion du temps ou presque, rendant ma mémoire du court terme quasi inopérante et très parcellaire. Des périodes étendues d’inconscience étaient entrecoupées de périodes de demi-conscience brèves, pendant lesquelles j’ai pris nombre de polaroids : il arrivait par exemple que, gagné par le sommeil sans rêve, je ne vois pas se développer entièrement une image faite dans un moment de demi-éveil, pour la retrouver sur ma tablette, entièrement développée, en recouvrant conscience. En cela certaines de ces images servaient de repères dans ce parcours d’ouate, pareils aux cailloux du Petit Poucet.