J’ai eu récemment à répondre à mon fils qui m’interrogeait au sujet de son rôle que, contrairement à ce qu’on lui en avait dit à l’école, on s’aperçoit assez vite que la police ne sert à rien et surtout pas, comme il le supposait, à le protéger des méchants. Ni même à juguler une violence qu’en vérité elle stimule quand elle ne l’invente pas pour asseoir la légitimité de son autorité. Comment peut-on l’oublier ? Le négliger ? La police ne défend pas les citoyens mais un état transitoire de la domination ; enfin… Quand je dis transitoire… On peut se demander s’il n’y a pas un peu d’éternité substantielle qui trainerait par là, parce que, quelle que soit la forme prise par la domination, il semblerait bien qu’elle soit toujours traversée par des universaux dont la police privilégie sytématiquement le service et la protection idéologique ; en effet, si elle est bien antisémite sous Vichy, ratonneuse sous De Gaulle ou d’extrême-droite sous Sarkozy, elle ne devient pas démocrate, égalitaire, bieveillante et sociale sous Blum (j’allais écrire Jospin…)
C’était difficile de faire entendre à un enfant de sept ans que les seuls moments de sa vie où il aurait l’occasion de voir des policiers arrêter un coupable après une enquête minutieuse se passeraient à l’heure du prime-time devant une fiction, et que la seule forme de méthode connue de la police consiste en un lâché de 200 gibbons costumés et armés dans une cour d’immeubles pour dénicher un pain de shit et deux télé volées dans une cave. S’émerveiller, dans le même ordre d’idée, de la baisse de criminalité aux USA par exemple, où un citoyen sur cent quarante est en taule, revient à s’émerveiller de la discipline régnant dans un cimetière. Voilà pour la méthode. Début et fin de la méthode. Quand à l’investigation, il semble bien que les seules affaires résolues dans les cent dernières années soient dues à l’entêtement de magistrats ou (s’il en existe) de journalistes, quand ce n’est pas tout simplement à des dénonciations ou des aveux spontanés.
Pour ma part, les seules fois où les actions de la police me soient parvenues jusqu’aux oreilles se résument en un mot : bavure.
Il ne me semble ni utile ni urgent de traquer les rares fissures dans lesquelles s’insinuerait une très hypothétique utilité de la police, le plus important pour l’éducation de ma progéniture est de lui apprendre assez vite comment se préserver d’elle ; se préserver de son arrogance, des bousculades de ses meutes, de sa brutalité, de ses arrestations arbitraires, de son immobilisme redoutable et borné devant l’erreur ou l’injustice. Voici donc une série d’ouvrages à acquérir le plus vite possible ; offrez-les, diffusez-les, et bien entendu lisez-les attentivement, tout autant pour ne pas vous trouver nu devant les questions ingénues de marmots ou d’honnêtes laudateurs de la police, que pour mieux balayer historiquement ou conceptuellement les arguments de leurs moins honnêtes défenseurs, ou encore affronter les situations apparemment insolubles auxquelles votre innocence même vous conduira peut-être un jour.
Parmi les nombreuses publications de l’Esprit Frappeur (www.espritfrappeur.com), toutes très bon marché (entre 3 pour la plupart et 8 euros) dégotez-vous donc « Vos papiers ! Que faire face à la police ? », guide essentiel pour ne pas vous laisser prendre de haut par des policiers qui sont généralement les derniers à connaître leurs propres droits et devoirs, « Les silences de la police - 16 juillet 1942, 17 octobre 1961 », ou comment le révisionnisme policier s’accommode plus facilement du remploi de Papon que d’écrire l’histoire sans ciseaux, « Police et droits de l’homme » et « souscription pour l’édification d’un monument au policier inconnu » de Maurice Rajsfus qui, avec « Bavures, ordre public désordre privé », « La police et la peine de mort - 1977/2001 : 196 morts » et « Que fait la police ? » vous donneront un état des lieux assez limpide de l’efficacité de notre police dans sa spécialité, « La fabrique de la haine - contre la logique sécuritaire et l’appartheid social » et « La machine à punir », sur les pratiques et les discours sécuritaires, « le vocabulaire policier » (de M. Rajsfus) qui poursuit le travail philologique entamé autrefois par Klemperer sur les aboiements du Reich, et enfin « Le ministère de la peur - réflexions sur le nouvel ordre sécuritaire » de Pierre Tévanian.
La prochaine fois que vous verrez des types armés se balader librement dans la rue, vous vous demanderez avec plus d’insistance que jamais quel ordre ils représentent au juste…
L.L.d.M.