Lâchée par son producteur à la dernière minute, la formation Élémarsons devait faire une croix sur un deuxième album pourtant achevé dans ses moindres détails : après « Pas ici y’a trop de monde », c’était le bel ensemble composant « Mes boules dans ton sapin - L’album de la maturité » qui devait voir le jour ; ça aurait pu être triste mais, en fait, je crois que cette rupture de contrat a été providentielle : on en aurait foutu quoi, de nos 2000 bouts de plastique enveloppés pleins de couleurs ? Qui vend des disques aujourd’hui ? Cette question n’est même pas relative aux producteurs, aux artistes, mais y a-t-il seulement des endroits où on en trouve de ces trucs ? Vous en achetez encore, vous ? Est-ce que c’était encore intéressant après cette mésaventure de s’obstiner et d’aller traquer un autre fabriquant de galettes pour faire un album inutile de tous ces beaux enregistrements ?
Alors …
Si la musique de Élémarsons a peu de chances de faire danser qui que ce soit, son côté foutraque, désordonné, les pistes cacophones dans lesquelles elle entraine aussi bien des tempos ficelés que des brouillards sonores sans repères, sont autant de supports possible pour de l’invention visuelle.
Nous évoquions assez souvent avec Jean-Christophe Masson (homme machine d’ Élémarsons ) le plaisir que nous aurions eu à faire de notre bordel non pas des disques mais des films d’animation, des dizaines de cartoons expérimentaux pour lequel cette musique offrirait un squelette idéal et un univers mental suffisamment débridé pour ouvrir à toutes sortes de possibilités.
Et m’est venue une autre idée : cette idée, c’est de faire de tout ça un laboratoire en ligne autour du Terrier et de sa liste de diffusion, extensible à tous ceux qui voudraient se livrer avec nous à cette expérience ; il s’agirait de collectiviser les productions de séquences, faire circuler des conducteurs de travail, des élements graphiques, narratifs etc. Ceux qui sont intéressés par un morceau ne sont pas invités à le mettre intégralement en images s’ils ne le souhaitent pas, et peuvent très bien ne travailler que sur certains des passages, même très courts. Ces passages illustrés sont mis en ligne à la disposition de qui voudra les enchainer, les monter avec ses propres articulations. Si des animateurs désirent travailler sur l’esprit d’un morceau sans se soucier du débit de la musique, un autre pourra se charger de le caler, le monter, l’agencer.
Dans l’idéal, cette espèce d’atelier produira une banque d’objets agençables ; la raison de cette invitation à une pratique fragmentée est d’encourager les amateurs — qui n’ont jamais rien animé de leur vie mais qui voudraient bien essayer — à s’y mettre, même pour dix petites secondes. Évidemment, si certains désirent mettre en image des morceaux entiers, nous recevrons avec plaisir leurs films.
Non seulement la page destinée à accueillir ce travail commence déjà à être fournie mais vous pouvez déjà voir deux productions nées de ce laboratoire ici :
http://vimeo.com/elemarsons/